Bien avant l'invention de la climatisation, plusieurs civilisations antiques avaient mis au point des techniques ingénieuses pour garder leurs habitations et leurs villes plus fraîches. Égyptiens, Perses, Grecs et Romains utilisaient déjà des solutions passives qui inspirent aujourd'hui les architectes et les chercheurs.
Des techniques vieilles de plusieurs millénaires
Face aux canicules de plus en plus fréquentes, les scientifiques recherchent des solutions permettant de rafraîchir les bâtiments sans augmenter la consommation d'énergie. Pour y parvenir, certains se tournent vers... les civilisations antiques.
Contrairement à une idée reçue, les Romains n'ont pas été les premiers à développer des techniques de refroidissement passif. Bien avant eux, les Égyptiens construisaient des maisons aux murs épais en terre crue et aménageaient des cours intérieures ombragées pour conserver la fraîcheur. Les Perses avaient conçu les célèbres tours à vent (badgirs), souvent considérées comme les premiers systèmes de climatisation naturelle. Quant aux Grecs, ils orientaient déjà leurs bâtiments en fonction du soleil et des vents dominants.
Les Romains ont ensuite repris ces principes, les ont perfectionnés et les ont largement diffusés dans tout leur empire.
Des bâtiments conçus pour rester frais
Les constructions antiques étaient pensées pour limiter naturellement la chaleur. Les murs épais ralentissaient la pénétration des fortes températures durant la journée et restituaient progressivement la fraîcheur accumulée pendant la nuit.
Les cours intérieures favorisaient la circulation de l'air tout en créant des espaces ombragés beaucoup plus agréables. Chez les Romains, certaines constructions utilisaient également des façades ventilées composées d'une double paroi laissant circuler l'air. Ce procédé réduisait considérablement l'échauffement des bâtiments et inspire encore aujourd'hui les façades ventilées modernes.
L'eau, un allié naturel contre la chaleur
Les civilisations antiques savaient aussi exploiter le pouvoir rafraîchissant de l'eau. Bassins, fontaines et canaux favorisaient l'évaporation, ce qui permettait d'abaisser légèrement la température de l'air dans les habitations et les espaces publics.
Dans certaines riches demeures romaines, l'eau acheminée par les aqueducs circulait à proximité des murs, contribuant à limiter leur montée en température.
Un béton inspiré de l'Antiquité intéresse les chercheurs
Aujourd'hui, plusieurs équipes scientifiques s'inspirent des matériaux antiques pour concevoir des bâtiments plus résistants aux fortes chaleurs. Des chercheurs ont récemment développé un béton inspiré des formulations utilisées par les Romains. Ce matériau expérimental réfléchit une grande partie du rayonnement solaire tout en évacuant efficacement la chaleur par rayonnement.
Lors d'essais réalisés en Espagne, il est parvenu à rester jusqu'à 7 °C plus froid que l'air ambiant dans certaines conditions. Les chercheurs estiment qu'utilisé à grande échelle, ce type de matériau pourrait contribuer à réduire les températures des surfaces urbaines pendant les épisodes de canicule tout en diminuant les besoins en climatisation.
Un mode de vie adapté aux fortes chaleurs
Les habitants de l'Antiquité adaptaient également leurs habitudes aux températures élevées. En été, ils privilégiaient des vêtements en lin, plus légers et plus respirants que la laine. Leur alimentation faisait la part belle aux fruits frais, aux légumes riches en eau et aux repas plus légers afin de favoriser l'hydratation.
Les activités étaient souvent interrompues durant les heures les plus chaudes de la journée, une pratique qui est à l'origine de la sieste moderne. Les bains, les fontaines et les espaces ombragés permettaient également de mieux supporter les fortes chaleurs.
Des solutions toujours d'actualité
Les techniques développées par les civilisations antiques reposaient sur des principes physiques simples : ventilation naturelle, inertie thermique, ombrage, évaporation de l'eau et réflexion du rayonnement solaire.
Plus de deux mille ans plus tard, ces solutions inspirent encore les architectes et les ingénieurs qui cherchent à concevoir des bâtiments plus économes en énergie et mieux adaptés aux épisodes de chaleur extrême. À l'heure où les canicules deviennent plus fréquentes, ces savoir-faire anciens rappellent qu'il est parfois possible de répondre aux défis d'aujourd'hui en s'inspirant des solutions du passé.